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12 décembre 2019

Les outils numériques vont-ils sauver la démocratie ?

Le désir d’une démocratie plus qualitative est une des revendications fortement exprimées en ce moment. La soif de débat citoyen, voire de participation à la construction de la décision s’exprime à l’échelle nationale, mais aussi au niveau local.

Les administrations de l’État multiplient les consultations numériques, sur des thématiques variées : réforme des retraitres, égalités femmes-hommes, biodiversité, vieillissement, planification des territoires,…  Etalab,  au sein de la Direction interministérielle du numérique de l’État, a créé une plateforme pour regrouper l’ensemble des concertations sur un même site. Le 25 novembre dernier, un centre de la participation citoyenne a été inauguré à Paris pour développer une ingénierie de la participation citoyenne au sein de l’État.

De nombreuses collectivités locales se sont engagées au cours de ces dernières années dans des démarches de participation citoyenne : mise en place de budgets participatifs, organisation d’ateliers de concertation, ouverture d’une plateforme numérique de consultation,…

Un marché de la participation en plein essor

Les collectivités ne disposent pas toujours de moyens humains ou de compétences pour développer ces démarches et font le choix de se faire accompagner par des prestataires extérieurs : un véritable marché de la démocratie participative s’est développé, « soumis aux logiques commerciales de la concurrence » selon Alice Mazeaud, coauteure avec Magali Nonjon du livre Le Marché de la démocratie participative (Ed. du Croquant, 2018).

Les militants de la participation citoyenne se retrouvent concurrencés par des professionnels qui vivent de l’offre de participation et ont, à ce titre, intérêt à l’entretenir. La demande de participation tend ainsi désormais à devenir la finalité et l’alibi de ce que les auteures qualifient de marché de la démocratie participative.

Des outils numériques salvateurs ?

Face à l’insuffisance du débat politique, à la défiance croissante vis-à-vis des élus, à l’abstention croissante, les outils numériques sont apparus salvateurs. Ces outils, qualifiés de « civic tech », s’ils permettent d’élargir le nombre de participants à la concertation ou éclairer les citoyens par la mise à disposition de données, ne sont pas exempt de critiques et de réels défauts.

Ils permettent bien souvent de collectionner des avis et non pas de construire collégialement une position. Leur neutralité, la transparence des informations et les modalités de collecte et d’analyse des données sont régulièrement questionnées.

Face aux inégalités en matière d’accès au numérique, les civic tech comportent le risque d’exclure une large partie de la population. Selon une enquête menée par Philippe Marchal pour le CSA en 2018, 23 % des français ne seraient pas à l’aise avec le numérique. Contrairement aux idées reçues, les personnes âgées de moins de 35 ans, parfois qualifiées de digital native, connaissent également de grandes difficultés et renonceraient à faire une démarche administrative ou envoyer un email .

Vers une cartographie des civic tech

Selon l’Observatoire des civic tech et de la démocratie numérique porté par le think-tank Décider ensemble, « Les civic tech peuvent être définies comme les applications mobiles et plateformes web ayant pour objectif de faciliter et transformer l’engagement et la participation citoyenne ». L’observatoire a récemment publié une cartographie des civic tech, qui permet de qualifier les différentes applications et technologies actuellement proposées.

Les comparateurs et applications d’information électorale

Ce 1er groupe rassemble les technologies qui permettent de transformer la production et la circulation de l’information.
Exemples :
Voxe, start-up qui propose une boite à outil du citoyen éclairé : comparateur de programmes électoraux, chatbot, newsletter
Accropolis anime des émissions autour des débats parlementaires, sur le modèle des plateformes de streaming de jeux vidéo.

Les technologies et initiatives de mobilisation citoyenne

Ce 2ème groupe rassemble des outils de pétition et des plateformes de mobilisation qui s’adressent à des communautés.
Exemples : Change.org ou MesOpinions, plateformes de pétition en ligne

Les applications et méthodes de débat et de co-construction

Ce 3ème groupe regroupe les plateformes permettant de consulter et d’engager les citoyens dans la définition de l’action publique.
Exemples :
Bluenove, société fondée en 2008 qui propose des méthodes et outils d’intelligence collective
Cap Collectif, une des start-up pionnière de la Civic Tech qui propose une méthode d’intelligence collective et une plateforme numérique. Cap Collectif a notamment conçu et animé la plateforme numérique du Grand Débat National.
Open Source Politics, entreprise relevant du champ de l’économie sociale et solidaire qui développe des plateformes numériques libres et open source et anime des ateliers d’intelligence collective pour accompagner des acteurs publics, privés et associatifs engagés dans des démarches participatives

Pour un croisement des modes de participation, garant de la qualité de la participation citoyenne

Pour la CNCD, le solutionnisme technologique ne résoudra pas des problèmes qui tiennent aux relations sociales et aux contextes sociaux eux-mêmes. Le choix d’un mode de participation ne doit pas être univoque, mais c’est le croisement de plusieurs modes de participation mêlant débats en présentiel et outils numériques qui sera garant de la qualité de la mobilisation et de la participation citoyenne.

Des ressources pour aller plus loin :

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